L’Histoiredu Mahdi

Comprendre Le Mahdi Sa destinée

L'Élu
avant de naître

Et si sa vie ne devait pas le conduire à devenir le Mahdi, mais lui révéler qu'il l'avait toujours été ?

Il est prédestiné avant sa naissance. Sa vie n'est pas une course pour mériter une élection, mais le chemin par lequel ce qui était connu de Dieu se révèle progressivement à lui-même — jusqu'à la charge qui l'attendait.

1

Le choix précède l'homme

Avant qu'il sache, Allah sait.

Si sa fonction est prédestinée, son histoire ne commence ni au zuhûr, ni à l'islah, ni le jour où il entend parler du Mahdi. Elle commence avant qu'il puisse se souvenir de quoi que ce soit.

Il existe alors deux connaissances. Allah connaît déjà l'ensemble du chemin ; l'homme naît dans l'ignorance de ce qu'il porte. L'un connaît la destination, l'autre doit traverser l'existence pour la découvrir.

La prédestination n'abolit donc pas son histoire — elle lui donne son mystère : ce qui est connu de Dieu doit encore être vécu, éprouvé, compris, et finalement accepté.

Sa destinée le connaît bien avant qu'il ne connaisse sa destinée.

2

Il ne mérite pas d'abord son élection

Le mérite vient après le choix, non avant.

S'il est choisi avant sa naissance, il ne peut pas avoir obtenu cette fonction en récompense d'actions qu'il n'a pas encore accomplies. Il n'a pas gagné une compétition spirituelle entre tous les hommes.

Ses qualités ne sont pas sans importance : elles font comprendre pourquoi sa vie paraît progressivement correspondre à la fonction qu'il porte. Allah connaît dès l'origine ce que cet homme sera capable de devenir lorsque son être arrivera à maturité.

Le corpus décrit un homme dont le cœur et le rûh sont attirés vers Allah dès sa naissanceal-majdhûb, l'attiré — tandis qu'une lutte demeure jusqu'à ce que sa nafs suive.

Et il le dit sans détour : « il a déjà été élu et créé avant, depuis que le monde est monde… c'est une affaire déjà décidée depuis qu'Iblis a fait sa promesse ».

3

Dieu sait ce que lui-même ignore

Le mystère de l'élection.

Peut-être ne faut-il pas imaginer Allah observant l'humanité jusqu'à découvrir, un jour, l'homme le plus méritant. Dieu connaît déjà tout ce qui, pour l'homme, n'existe qu'à l'état de possibilité — et surtout ce que son cœur choisira lorsqu'il ne saura pas encore qu'une mission l'attend.

Sa vie cachée devient décisive. Quand un homme se sait observé comme un élu, ses actes peuvent être infléchis par l'image qu'il veut donner. Quand il ne sait rien, ce qu'il choisit révèle ce qu'il est.

S'il aime la justice sans savoir qu'il devra la restaurer, cet amour ne vient pas de sa fonction. S'il cherche la vérité sans savoir qu'on viendra lui demander de guider, cette recherche ne sert pas son pouvoir.

C'est peut-être dans cet anonymat que se manifeste ce que Dieu savait déjà de lui.

4

Trois niveaux de connaissance

Dieu sait, le cœur pressent, l'homme découvre.

Celui de Dieu, pour qui sa destinée est déjà connue. Celui du cœur, qui porte une orientation sans pouvoir l'expliquer. Celui de la conscience, qui arrive bien plus tard.

Cette progression explique pourquoi il peut être profondément orienté vers sa mission tout en étant sincèrement incapable de dire qui il est. Il n'y a aucune contradiction entre prédestination et ignorance : c'est cette ignorance qui rend son initiation possible.

5

La graine

L'islah ne crée pas ce qui n'existait pas.

Une graine contient déjà une forme qu'on ne peut pas voir. Elle ne ressemble pas à l'arbre qu'elle deviendra, et pourtant celui-ci existe déjà en elle. Il lui faut du temps, une terre, de l'eau, de la lumière — et parfois des saisons difficiles.

Ses épreuves ne fabriquent donc pas un homme nouveau : elles participent à la maturation de ce qui était déjà là. Les injustices aiguisent son rapport à la justice, les pertes approfondissent son amour, les doutes affinent son discernement.

Le corpus parle d'un amour déjà déposé dans son cœur et qui, à l'islah, éclôt. Une fleur qui éclôt n'est pas créée au moment où ses pétales deviennent visibles.

6

L'islah : devenir conscient de ce qui était là

Il ne devient pas un autre homme.

La nuit de l'islah n'est pas le moment où Dieu prendrait un homme quelconque pour lui ajouter les qualités nécessaires. L'homme de l'islah est le même que celui d'avant — mais ce qui était fragmenté trouve son unité.

Le corpus va jusqu'à dire que le zuhûr était déjà cet état, donné trop tôt : « c'est comme un islah, mais au tout début du cheminement, et à petite échelle » — et que l'islah sera « un deuxième zuhûr, mais cette fois avec les épreuves et le cheminement ».

L'islah ne crée pas le Mahdi à partir de rien. Il accomplit dans la conscience de l'homme ce qui appartenait déjà à sa destinée.

7

Calife d'Allah

Ce à quoi il est destiné, et non ce qu'il devient.

La destinée n'est pas seulement d'être aimé : elle a un terme, et le corpus le nomme. Il est destiné à être le calife d'Allah sur terre — non le calife d'un peuple, ni d'une communauté. Le calife de la création.

Ce mot ne décrit pas une carrière. Il décrit une place qui l'attendait, et qui explique tout ce qui précède : s'il est élu avant de naître, c'est pour cela ; si son cœur est orienté avant qu'il le sache, c'est vers cela.

Et le titre est trompeur pour qui l'entend depuis le pouvoir des hommes. Vu du dehors, jamais on ne dirait que cet homme est le calife d'Allah. Il commence par l'être à l'intérieur — sur sa propre nafs — avant de l'être sur quoi que ce soit d'autre.

La fonction ne lui est pas donnée le jour où elle paraît. Elle lui était destinée avant qu'il existe.

8

Les moyens, et le commandement sur eux

Ce qu'Allah dépose ne se réduit pas à ce qu'il ressent.

On croit souvent que sa destinée est intérieure et qu'elle s'arrête là. Le corpus dit autre chose, et il faut deux mots pour l'entendre — parce qu'il en emploie deux, et qu'ils ne disent pas la même chose.

Le calife est celui à qui Allah a donné un sultan. Ce sultan est un commandement — et ce commandement porte sur des moyens, des moyens multiples, parce qu'ils appartiennent à Allah.

Ce qui est écarté n'est donc pas la puissance, c'est l'arbitraire : « les moyens, ce n'est pas qu'Allah va lui donner des pouvoirs magiques et lui dire : maintenant fais ce que tu veux. »

Le partage suit sa vie. Au zuhûr, il a goûté les moyens sans avoir le commandement dessus — l'état lui est tombé dessus sans qu'il ait cheminé pour, et il n'avait pas la prise. À l'islah, il retrouve le même état par le cheminement, et le commandement avec.

Et ces moyens ont un nom : ce sont les causes. Son établissement sur terre — le tamkîn — se fait non par prodige, mais par les causes, sur le modèle de Dhul-Qarnayn, à qui il fut donné de toute chose un moyen. Quand il est dit que les constellations lui obéiront, la lecture est directe : les causes de la richesse, les causes du pouvoir, les causes de la force.

Reste la condition, et elle renvoie à toute sa formation : dévoilé avec les moyens et le commandement sans la science, la sagesse, l'esprit aiguisé ni la combativité, « il est mis en danger ». Ce qui le tient n'est pas ce qui lui est donné — c'est ce qu'il est devenu avant de le recevoir.

Quand Allah donne les moyens, on a moins droit à l'erreur, non plus.

9

Alors, pourquoi lui ?

La question demeure.

On peut observer ses qualités, suivre son amour, comprendre son cœur, constater la cohérence entre ce qu'il est et ce qu'il doit accomplir. Aucun de ces éléments ne donne accès au choix divin lui-même.

Dire qu'il était prédestiné ne signifie pas qu'on sait pourquoi Dieu l'a voulu ainsi. C'est peut-être là que le mystère doit rester.

Il peut se comprendre comme un être voulu dès l'origine pour une fonction particulière, et dont la nature, les capacités et le parcours correspondent progressivement à ce qui lui sera demandé.

Son amour ne provoque pas son élection. Son amour révèle quelque chose de celui qui avait été élu.

Il n'a pas mérité d'être choisi.
Il était choisi avant de naître — et toute son existence lui a progressivement révélé la charge pour laquelle il avait été créé.