L’Histoiredu Mahdi

Comprendre Le Mahdi L'amoureux

L'amoureux

Et s'il avait aimé Allah pendant des années sans jamais pouvoir donner un nom à ce qu'il aimait ?

Il est attiré vers Allah dès sa constitution. Ce qui lui manque n'est pas l'amour — c'est de savoir Qui il aime. Toute son histoire tient dans cet écart.

1

Al-majdhûb, l'attiré

Il ne le devient pas : il l'était.

Une formule d'al-Jîlî tient toute la page : majdhûb dans sa constitution et dans son humanité — et les connaissants ne le connaissent pas.

Khilqiyya : la manière dont Allah l'a créé. Ce n'est donc pas un état qu'il atteint. Sa constitution même est attirée vers Allah, depuis l'origine, avant tout cheminement.

Ce que son chemin accomplit n'est pas l'attraction — elle est là. C'est que sa nafs finisse par y consentir.

Et le camouflage va loin : ni les gens ordinaires, ni ceux qui savent reconnaître. Même les 'ârifîn passent à côté. La formule ne dit pas qu'il est bien caché ; elle dit que ceux qui savent voir ne voient rien.

Il est tiré vers Allah avant d'avoir choisi d'y aller.

2

Son cœur sait avant lui

Une orientation qui précède la compréhension.

Son intelligence ignore encore ce que son cœur cherche déjà. Il peut grandir, vivre parmi les autres, traverser les mêmes désirs et les mêmes contradictions que n'importe qui — en portant une orientation qu'il ne sait pas expliquer.

Reconnaître la vérité avant de comprendre pourquoi elle le touche. Être bouleversé par l'injustice sans savoir pourquoi elle lui est insupportable. Ressentir une attirance vers plus grand que lui sans pouvoir lui donner un nom.

Sa fitra est décrite par deux mots d'Ibn Arabi — 'alâ tawhîd, sur l'unicité, et salîm, saine. D'où la conséquence : il agit juste avant d'avoir la théorie de ce qu'il fait.

Son cœur se dirige déjà vers Allah, alors que l'homme ne sait pas encore qu'il est en chemin vers Lui.

3

Aimer Dieu sans savoir que c'est Lui

Les attributs, avant la Source.

Il croit aimer plusieurs choses séparément. La vérité, parce qu'il déteste le mensonge. La justice, parce que l'injustice le blesse. La bonté, la beauté, la miséricorde.

Mais si toutes ces directions ont une Source commune, son histoire se relit autrement. Chaque fois qu'il cherche profondément la vérité, il s'oriente déjà vers al-Haqq.

Le corpus ne le présente pas seulement comme aimé d'Allah, mais comme amoureux« un artiste dans l'amour d'Allah ». Et il en décrit le mécanisme : « quand la personne y a goûté… si elle fausse ensuite sa réflexion, c'est comme si elle allait sentir qu'elle a trahi son Seigneur ». Ce qui suppose déjà quelqu'un à trahir.

Il ne commence pas par connaître Dieu pour apprendre ensuite à L'aimer. Il aime avant de comprendre qui il aime.

4

Le mécanisme de l'amour

Non un sentiment : quelque chose qu'on a goûté.

Le corpus ne dit pas seulement qu'il aime. Il en donne le fonctionnement — et il le donne comme un mécanisme : « il a compris un certain mécanisme à l'intérieur de lui, qui passe par l'amour ».

Ce mécanisme se décrit par le goût. « Quand la personne y a goûté une fois, deux fois… elle a touché ça. Et si la quatrième fois elle fausse sa réflexion, c'est comme si elle allait sentir qu'elle a trahi son Seigneur. Et elle va vite revenir, et laisser tout le jeu. »

Ce n'est pas une règle morale qu'on s'impose. C'est une chose qu'on a goûtée et qu'on ne supporte plus de perdre. Ce qu'il sent alors n'est pas de la culpabilité — c'est une trahison. Ce qui suppose déjà quelqu'un à trahir.

Et le contact laisse une trace jusque dans le corps : « quand tu touches la bonne intention, tu as une sérénité, et quelque chose qui te touche de l'intérieur et qui t'enveloppe de l'extérieur ». Le relevé prend le contraire pour repère — un mal de tête se sent, et l'entourage le perçoit. Ceci se sent de la même façon.

Voilà ce qu'il cherchait sans savoir le nommer.

5

Le zuhûr : il découvre qu'il est aimé

Celui qui aimait apprend qu'il est aimé en retour.

Jusque-là, il avançait à l'intérieur de sa destinée sans pouvoir la voir. Puis quelque chose se dévoile : pour la première fois, ce qui n'était vécu que du dedans lui revient du dehors.

Ibn Arabi le décrit du dedans — l'éclair, al-bâriqa, vu dans son cœur et illuminant la terre entière — et donne l'état qu'il en reçoit en deux mots : comblé, et captivé.

Et le choc est plus profond s'il découvre en même temps que la relation qu'il croyait unilatérale ne l'était pas : il était lui aussi connu, et aimé.

Ce n'est pas seulement « voilà qui tu es ». C'est aussi : « je te connaissais alors que tu ne te connaissais pas encore ».

6

Le voile, et la quête

Après avoir goûté la proximité, l'absence devient insupportable.

Puis la lumière s'estompe. Commence une longue période de voile, de doute et de recherche. Le corpus le dit crûment : « il l'a connue, il en a eu un échantillon, et ensuite plus rien ».

Ce n'est plus l'ignorance qui le fait souffrir, c'est le souvenir. Avant, il pouvait vivre avec le manque parce qu'il ignorait ce qui lui manquait. Désormais le manque a un visage.

Il croit chercher la réponse à « qui suis-je ». Au plus profond, une autre question : où est Celui que j'ai rencontré ?

7

Ce que l'amour lui coûte

L'amour n'est pas ce qui le console : c'est ce qui le blesse.

Le corpus emploie une formule qui dit tout : il est un artiste dans l'amour d'Allah. Non pas quelqu'un qui aime bien — quelqu'un dont l'amour est le métier, la pratique, l'œuvre.

Le modèle est celui des prophètes : ils se sont effacés par amour pour Lui, parce qu'ils désiraient leur Seigneur — et c'est parce qu'ils se sont effacés qu'Allah les a fortifiés, élevés, assistés. L'ordre compte : l'effacement précède le soutien.

Ibn Arabi lui dit : « Habille pour ton Seigneur l'habit de la pauvreté. » Demander à Allah comme un mendiant, c'est installer dans le cœur que rien ne vient des hommes. L'humilité fait partie de l'amour — et elle raffermit le cœur.

Et il y a le tour le plus étrange de son histoire : il aime le Mahdi comme on aime un personnage dont on entend parler, sans savoir que c'est lui. « Qui de mieux placé pour parler du Mahdi que quelqu'un qui ne sait pas qu'il l'est, et qui en plus l'aime ? » C'est cet amour qui lui donne son éloquence.

Parmi les secrets déposés dans son cœur, il en est un qui attend son heure : l'amour qu'il a pour Allah. À l'islah, il éclôt.

Il n'a pas appris à aimer Allah.
Il a mis toute une vie à découvrir que c'était Lui qu'il aimait depuis le début.