Le Mahdi › Son cheminement
Un homme qui met sa vie entière à comprendre ce qu'il est.
On attend une figure ; les sources décrivent une vie. Elle commence dans l'oubli, passe par une ouverture qui se referme, puis par une longue recherche où il cherche sans savoir quoi. Ce n'est pas l'histoire d'un homme qui savait : c'est celle d'un homme qui découvre.
Sa lumière précède la création. Son âme fut la première à se soumettre, et celle qui accepta la charge que les montagnes avaient refusée.
Il vient de l'origine d'où tout découle et vers quoi tout revient — première pensée, et dernier venu.
Comme tout le monde. Du peuple, d'une mère au cœur pur, et il en garde le langage. Demander de quelle origine il sera est une question mal posée : pour chacun, il sera des siens.
Sa lumière ne lui est pas donnée d'un coup — elle est versée goutte à goutte, à mesure qu'il grandit.
Il est éprouvé depuis l'enfance, et beaucoup harcelé. C'est de là que lui vient sa question : comment un être humain peut-il en arriver là.
Avant tout le reste, il n'est pas pieux. Il traîne des habitudes dont il ne se défait pas. C'est de là qu'il part.
Un événement a lieu dans sa vie, et cet événement est l'apparition. Le voile est levé : il voit ce qu'on ne voit pas, et distingue sans hésiter le menteur du véridique.
Les causes se déplacent déjà pour lui — de petites causes, juste assez pour retenir son attention. Il a les moyens, il n'a pas le commandement.
Juste après. Il n'a plus accès à ce qu'il a vu ; il n'en reçoit plus que des gouttes. C'est le geste de Moussa redescendu de la montagne, qui dut se voiler le visage pour parler aux siens — révéler, c'est écarter un voile, et c'est aussi en poser un.
Autour de lui, rien d'une hostilité déclarée : il est incompris, et rejeté. Alors il se retire, reste seul des mois, et repasse sa vie entière jusqu'à trouver ses réponses.
Commence une recherche sans objet nommé : il veut retrouver ce qu'il a vu. Il se perd dans les traditions, et c'est ainsi qu'il tombe sur le sujet du Mahdi — non qu'il le cherchât, mais parce qu'il cherchait à nommer ce qui lui était arrivé.
Dès lors il y est ramené, qu'il le veuille ou non. Et il tait ce qu'il découvre.
Un conseil lui parvient pour cette impasse : cesser de se chercher lui-même, et chercher sa guidée. Non pas cesser de chercher — changer d'objet.
Quinze à vingt ans dans un entre-deux : ni dans la vie qu'il a quittée, ni dans ce qui s'est refermé. Il oscille entre doute et certitude cent fois par jour — et le doute porte sur lui, jamais sur Allah.
Ce qu'il traverse : la séparation d'avec ceux qu'il aime, le manque, les calomnies. Il tient parce qu'il voit, quand il est seul, d'où cela vient.
Rien de tout cela n'est un retard. Ces années sont les coups de marteau sur l'épée chauffée au rouge — et quand on lui retire ce qu'il a subi, il reste le fruit.
Il cherche vraiment, comme on cherche ses lunettes alors qu'elles sont sur sa tête. C'est parce qu'il l'a sur lui qu'il ne le voit pas.
Ses affaires se règlent, plus rien ne l'atteint comme avant, et son entourage s'aperçoit qu'il a changé — lui ne le voit pas, puisqu'il est le sujet du changement.
C'est là qu'il se met à parler du Mahdi, sans savoir qu'il parle de lui : le doute ne l'a pas quitté, et il traite l'affaire comme un sujet qui le passionne.
Et plus il approche, plus la pression monte — l'inverse de ce qu'on attendrait. C'est le moment où il est reconnaissable sans être établi : le plus exposé de tous.
Une nuit où il est plongé dans ses soucis et n'attend rien, tout s'achève d'un coup. Ce qui était dispersé devient cohérent.
Il est réparé — et c'est avec toute la compréhension tirée de ses cassures qu'il l'est. Son visage change au point que son voisin ne le reconnaîtra pas.
Il sait enfin qui il est. Ce qu'il ignorait la veille.
Du silence à la parole. Il ne commence pas en prédicateur : il regarde, il traverse, il comprend au-dedans — jusqu'à ce que ce qu'il a accumulé devienne transmissible.
Du caché au manifeste. Caché au monde, caché à lui-même, puis lecteur du secret, puis celui qui le réalise.
Du dispersé à l'unifié. Il a été dispersé avant d'être unifié — et c'est pour cela qu'il peut unifier les autres.
Le voile, enfin, a une fonction. L'apparence banale, la maladresse, le doute entretenu : ce sont les formes d'un même camouflage, et il tombe quand vient le moment.