L’Histoiredu Mahdi

Les prophéties › La terre et le ciel

La terre
et le ciel

Deux signes qu'on lit de travers, et un qui ne tue personne.

Les bouleversements annoncés dans le ciel et sur la terre sont ce que la tradition retient le mieux et ce que le corpus corrige le plus. Un mot du hadith défait la lecture la plus répandue ; un signe majeur n'y est pas traité ; et le seul qui marque les hommes ne fait couler aucun sang.

1Le soleil levé à son couchant

C'est le signe qu'on lit le plus mal. La réponse vient tout de suite : un matin, les gens se lèveront et verront le soleil monter à l'ouest, le ciel aura changé de sens.

Cette lecture ne vient ni du Coran, ni des paroles du prophète sur ce signe. Elle vient des commentateurs, et elle s'est installée au point de passer pour le texte lui-même. Rien, dans ce qui est rapporté, ne parle d'un astre qui change de course.

Un mot le montre. Le hadith emploie ṭulû' — le lever, la montée d'une chose qui paraît. Il n'emploie pas shurûq, le mot qu'on réserve à l'astre qui se lève sur l'horizon. S'il avait dit shurûq, il aurait parlé du soleil du ciel. Il a dit ṭulû'.

Et le Coran donne l'autre soleil : le prophète y est appelé le flambeau lumineux — as-sirâj al-munîr.

2La bête qui marque les visages

Parmi les signes annoncés, il en est un qui ne détruit rien et ne tue personne. Il marque.

La bête sort, et elle marque les visages. Après elle, on voit sur un homme ce qu'il est.

Elle porte deux objets, et chacun fait le contraire de l'autre. L'anneau de Suleiman — Salomon : celui qu'elle en marque, son visage se ternit. Le bâton de Moussa — Moïse : celui qu'elle en marque, son visage s'éclaire.

Le signe ne change pas les hommes : il les rend lisibles. Ce qu'ils étaient à l'intérieur passe au-dehors, et personne ne peut plus se tenir dans l'ambiguïté.

C'est exactement l'inverse du temps qui a précédé, où l'on ne distinguait plus qui était qui : le monde avait perdu la capacité de reconnaître, et le signe la lui rend — de force.

3Le cri

As-sayha — le cri, appelé aussi al-hadda, la secousse. Le corpus ne le portait pas ; une seule vidéo de la chaîne arabe le traite, sur deux mille six cent soixante et onze.

Le Coran en donne trois emplois, et ils s'accordent : ce n'est jamais une parole, c'est un son violent, qui saisit ceux qui ont démenti. Le moment y est donné deux fois : au lever du soleil, au petit matin.

Ce qui le rend lisible est la séquence où il se tient. Le hadith rapporté d'Ibn Mas'ud ne le donne pas seul : un cri en Ramadan, et alors le tumulte en Shawwâl, puis la séparation des tribus.

4La fumée

La Fumée — ad-Dukhân — est l'un des dix signes majeurs dans la tradition. Le corpus ne la traite jamais pour elle-même.

Elle n'y paraît qu'une fois, et indirectement : Ibn Abbas passe une nuit sans dormir parce qu'on avait vu l'astre à queue, craignant que la Fumée n'eût commencé.

Elle y est donc ce qu'un astre fait redouter, non un signe décrit.

Cette absence ne veut pas dire que le signe est faux. Elle veut dire que le corpus ne le porte pas — et qu'on ne l'écrira pas tant qu'un texte ne l'aura pas apporté.

5Pourquoi ces lectures se déplacent

Ces trois signes ont en commun d'avoir été tirés vers le spectaculaire. Un astre qui change de course, une créature monstrueuse, un fracas : la mémoire retient l'image et perd la fonction.

Le corpus fait le chemin inverse. Il revient au mot — ṭulû' et non shurûq —, à ce que le signe fait — marquer, et non détruire —, et à la place qu'il occupe dans une suite.

C'est aussi ce qui explique le silence sur la Fumée. Écrire ce qu'on n'a pas reviendrait à l'importer d'ailleurs, ce que cette rubrique s'interdit. On note donc le manque plutôt que de le combler.

Le corpus compte dix signes majeurs et n'en donne jamais la liste. La page qui les compte dit où il se tient dans la série, non ce que la série contient.