Les prophéties › La restauration
Non plus ce qui doit s'effondrer — ce qui doit venir après.
La série ne s'achève pas sur un désastre. Le dernier signe est un vent, et il ne détruit rien. Mais avant lui vient ce que le corpus décrit le plus volontiers : un monde remis d'aplomb, où la justice n'est pas imposée mais passe les murs comme le temps qu'il fait.
Sa justice entrera dans les maisons comme y entrent le froid et la chaleur.
L'image est bien trouvée, et elle dit une chose précise : la justice ne sera pas apportée par une institution ni imposée par une force. Elle passera les murs, comme le temps qu'il fait.
C'est ce qui distingue cette restauration d'une conquête. On n'y adhère pas : on s'y trouve.
Allah ôtera la haine et la rancune des cœurs des serviteurs.
Et ce que le corpus tient à côté : les cœurs des hommes seront remplis de richesse — non d'or, mais de suffisance.
Le déplacement est tout : ce n'est pas la quantité des biens qui change, c'est le rapport qu'on y a. Une terre qui produit davantage ne suffirait pas si le manque restait dans les cœurs.
À son époque, le loup et le mouton paîtront ensemble.
Le motif est ancien et il vient d'Isaïe, où le loup habite avec l'agneau.
Le corpus le note sans l'attribuer à sa source immédiate : c'est une image qui circule d'une tradition à l'autre, et l'y suivre est plus honnête que de la revendiquer.
וְגָר זְאֵב עִם־כֶּבֶשׂ וְנָמֵר עִם־גְּדִי יִרְבָּץ
Le loup séjournera avec l’agneau, et le léopard se couchera avec le chevreau.
Isaïe 11:6À son époque, le loup et le mouton paîtront ensemble.
Rapporté dans les recueilsLe verbe hébreu n’est pas « habiter ». וְגָר — we-gār, de la racine g-w-r : séjourner comme étranger, résider sans être chez soi. C’est la racine de gēr, l’étranger résident. Le loup n’est pas chez lui : il est reçu.
La terre fera sortir ses trésors, et le ciel fera descendre sa bénédiction pour lui.
Les deux mouvements se répondent — ce qui était enfoui monte, ce qui était retenu descend — et ils encadrent l'homme qui se tient entre les deux.
La restauration n'est donc pas seulement politique ou morale : elle est dite à l'échelle de la création, et la nature y participe.
Allah envoie un vent, et il emporte les croyants — après quoi il ne reste plus personne pour prier.
Il ne détruit rien. Il ne punit personne. Il prélève. Ce qui disparaît de la terre n'est pas la vie : c'est ce qui, dans la vie, se tournait vers Allah. Le monde continue sans cela.
Et il vient tard. On situe souvent ce moment trop tôt, en croyant la communauté disparue dès l'apparition de la bête ou du menteur. Ce n'est pas cela : tant que les signes se déroulent, il y a encore des croyants.
Le vent vient après — et c'est lui, non les batailles, qui clôt le temps de la foi.
Le corpus écrit ce chapitre en disant ce qui est, et non ce qui n'est pas. Là où une formule négative viendrait, elle se retourne : au lieu de « il n'impose à personne », les hommes y viennent d'eux-mêmes ; au lieu de « il n'attire pas vers lui », sa présence rappelle Allah.
Ce qui est affirmé l'est donc sans réserve : le califat est un règne universel, et il gouverne la terre comme représentant de Dieu sur elle.
Et la balance qu'il redresse est autant celle des cœurs que celle des échanges — car ce qu'on avait rogné, c'est la mesure elle-même.