Explorer › Les symboles
Le langage des signes, et ce que chaque figure porte.
Les textes ne disent pas tout en clair : ils disent par figures. Voici celles qui reviennent le plus — ce qu'elles désignent, et pourquoi le corpus les lit ainsi.
Chaque carte s’ouvre.
Le corpus donne plusieurs noms à la première créature — la tablette, la plume, l'encrier, le trône. Un texte en ajoute un, et c'est celui qui explique les autres : c'est lui la balance de la création.
Le nom se déduit d'une propriété. Quand il reçoit la parole d'Allah, il ne la travestit pas : elle est parfaitement reçue et parfaitement rendue. Ni erreur de transmission, ni erreur de compréhension. Une balance ne pèse pas en ajoutant quelque chose — elle donne ce qui est.
C'est pourquoi la restauration qu'on lui attribue n'est pas d'abord une affaire de lois. La balance qu'il redresse est autant celle des cœurs que celle des échanges — car ce qu'on avait rogné, c'est la mesure elle-même.
Une phrase lui est adressée, et c'est Khidr qui la lui dit : nous avons caché son identité pour qu'il soit préservé du mal.
Trois choses y tiennent ensemble. Il a une identité qui est la sienne — la phrase le suppose avant de rien dire d'autre. Le mal la cherche : si elle était connue, on l'atteindrait. Et il en sera préservé — par un stratagème.
Ce qui le protège n'est donc pas une force : c'est un voile. Le motif traverse tout le corpus, et il se retourne — le même voile qui le cache aux autres le cache d'abord à lui-même, et une part de sa vie se passe à ne pas savoir ce qu'il est.
La nuit est le pivot du récit, et le corpus en porte plusieurs — la nuit d'inattention, la nuit où les histoires se turent, la nuit où tout s'achève d'un coup.
Celle qui les tient toutes est la nuit où il devient l'Attendu. Le corpus la portait par morceaux, tirés d'ici et de là, jusqu'à ce que le texte qui les rassemble soit retrouvé — la Qasîda al-Huwiyya d'al-Qoussi, celle-là même que le corpus nommait sans savoir où la trouver.
L'ordre y change ce qu'on comprend. Il commence par un ordre de partir : lève-toi et dresse-toi, cela est pour vous l'isrâ.
C'est le seuil de l'islah — la remise en ordre. Ce qui précède est une formation ; ce qui suit est une autre vie, dans la même.
Le corpus porte deux jardins, et ils ne disent pas la même chose.
Le jardin vert — la rawḍa khaḍrâ' — est un lieu de réunion. Après la première rencontre, les sept et lui s'y retrouvent, et ils y tracent les plans : non des intentions, mais les dispositions concrètes pour faire face aux adversaires et dépasser les manœuvres qui leur seront opposées. Lui seul est chargé de la conduite des affaires, et c'est là que lui viennent les inspirations et les ordres.
Le jardin où seul le mort entre dit l'inverse : ce qu'on n'atteint pas vivant. Le vert y entre pour la première fois dans le récit, et il y reste.
La lumière de la guidée est comme un coquillage : tantôt elle s'ouvre, tantôt elle se ferme. Conséquence directe — tantôt il parle avec inspiration, tantôt avec ignorance.
Le mot n'est pas seulement une image de sa lumière : c'est le mouvement de son cœur, et ce mouvement porte un nom plus précis — les alternances de certitude et d'incertitude. Le coquillage s'ouvre quand la certitude vient, se ferme quand elle s'en va.
Le même mouvement se dit ailleurs par un astre, et le vers dit le pire d'abord : même le Sceau décline un jour — puis il paraît comme une pleine lune. Le verbe est celui du Coran pour les astres qui se couchent. Ce n'est donc pas une faiblesse qu'on lui prête : c'est un mouvement d'astre, qui n'a jamais signifié l'extinction.
C'est par le cœur que tout lui arrive. Une fois qu'il est voilé, les sciences et les sagesses lui descendent directement là — et c'est la voie que prenaient déjà les prophètes, guidés sur ce qui leur était inspiré au-dedans.
Ce qu'il perçoit n'arrive pas comme une phrase. C'est un mélange d'émotions et de sentiments — et ces émotions sont en vérité des paroles, et des réponses. Mais elles sont très subtiles à capter : affaire de fréquence, dont l'une se perçoit sans peine et l'autre bien moins.
Le cœur est aussi ce qui se mesure : ouvrir une poitrine, c'est la mettre en condition de recevoir les lumières. Sa lumière intermittente, son doute et l'état de sa poitrine ne font qu'un seul phénomène.