Comprendre › Le ghuluww
L'excès — la divinisation d'une créature.
C'est ce qui s'est produit pour 'Issa, et cela ne s'est pas fait contre lui : cela s'est fait à partir de lui, par ceux qui l'aimaient. Le corpus le rappelle à chaque fois qu'il approche des choses les plus hautes — parce que c'est là, précisément, que le risque commence.
Al-ghuluww : l'excès. Et le corpus emploie avec lui un second mot, qui dit précisément où l'excès mène — ta'lîh al-bashar, la divinisation des humains.
Ce n'est pas une inquiétude marginale. Le mot revient dans une centaine des deux mille six cent soixante et onze vidéos de la chaîne arabe que ce corpus dépouille. Ceux-là mêmes qui rapportent de lui les choses les plus hautes s'interrompent pour poser la borne.
Le garde-fou n'est donc pas ajouté du dehors : il fait partie de ce qui est transmis.
Le corpus ne prend pas un exemple abstrait. Il prend celui à qui c'est arrivé.
'Issa a ressuscité les morts — par la permission d'Allah. Il a guéri l'aveugle-né et le lépreux. Et malgré cela, dans tous les récits qu'on rapporte de lui, il n'a jamais cessé de dire : « je suis le serviteur d'Allah ».
Cela n'a pas suffi. Ce qui lui est arrivé après lui ne s'est pas fait contre son enseignement : cela s'est fait à partir de ce qu'il avait accompli, par ceux qui l'aimaient. C'est là ce qui rend l'avertissement sérieux — le ghuluww ne vient pas des ennemis d'une figure, il vient de ses amis.
Et le corpus dit du Mahdi qu'il marche sur ce pas.
Elle est donnée sous le nom de mîzân al-'ubûdiyya — la balance de la servitude :
« Le Mahdi, malgré l'immensité de son rang, est un serviteur parmi les serviteurs d'Allah, et un héritier muhammadien. »
Le mot d'Ibn Arabi va dans le même sens, et l'ordre y compte : le vers qui le nomme sceau des califes commence par un autre mot — 'abd, serviteur. Le rang procède de la servitude, non l'inverse.
Plus le rang qu'on lui donne est haut, plus le mot qui l'ouvre est bas.
On répète qu'il brisera les idoles. Le corpus précise de quelles idoles il s'agit, et la précision vise ceux qui parlent de lui :
« Il brise les idoles — même quand ces idoles sont des auréoles que les gens fabriquent autour d'eux. »
Autrement dit : la vénération qu'on lui construit est elle-même une idole, et il est celui qui la démolit. Ailleurs la règle est énoncée plus largement encore — l'attachement à autre qu'Allah est une idole cachée dans les cœurs, et il en est le premier démolisseur.
Celui qui l'élève trop haut ne le sert pas : il fabrique ce qu'il est venu détruire.
Elle vient d''Abd al-Qâdir al-Jîlânî, et elle ne laisse pas de marge :
« Toute vérité que la Loi ne suit pas est une hérésie. »
La conséquence est tirée sur place : le Mahdi est le gardien de la Loi et celui qui établit la justice. Ce qui s'en écarte — fût-ce au nom d'un dévoilement, d'un rêve ou d'un secret — ne peut pas se réclamer de lui.
C'est le critère le plus simple, et le plus difficile à contourner.
C'est l'auteur que ce corpus cite le plus. Et voici ce qu'il écrit de ses propres pages sur le Mahdi :
« Et je n'y suis pas infaillible ; et si je me suis trompé de mots, la vérification m'arrêtera. »
Il reconnaît ne pas avoir été préservé de l'erreur en écrivant sur lui, et qu'il lui arrivait de se tromper dans ses expressions. Et il nomme ce qui doit le corriger : non son autorité, la vérification.
Recouper au lieu de croire n'est donc pas une prudence de lecteur moderne. C'est une consigne de l'auteur.
Ce corpus rapporte de lui des choses très hautes. Certaines sources vont jusqu'à dire qu'il est le Rouh al-Qudus, qu'il est le Paraclet annoncé, que toute créature porte une parcelle de lui.
Ces mêmes sources sont celles qui avertissent. Elles disent que ces propos « font tomber dans un grand excès quand on les comprend mal », et qu'ils sont « très graves pour qui ne les comprend pas correctement ».
Nous n'avons rien retranché, et nous ne trancherons pas à leur place. Ce qui est rapporté est rapporté ; ce qui diverge est signalé comme divergent. Mais la balance se lit en même temps que le reste — jamais après.
Il est un serviteur parmi les serviteurs d'Allah. C'est la seule phrase qu'aucune des lectures ne conteste.