L’Histoiredu Mahdi

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Le ghuluww

L'excès — la divinisation d'une créature.

C'est ce qui s'est produit pour 'Issa — Jésus, et cela ne s'est pas fait contre lui : cela s'est fait à partir de lui, par ceux qui l'aimaient. Le corpus le rappelle à chaque fois qu'il approche des choses les plus hautes — parce que c'est là, précisément, que le risque commence.

Ce que le corpus pose comme borne

Ce que le mot désigneL'excès — et son terme exact : la divinisation d'une créature. ✦

Al-ghuluww : l'excès. Et le corpus emploie avec lui un second mot, qui dit précisément où l'excès mène — ta'lîh al-bashar, la divinisation des humains.

Ce n'est pas une inquiétude marginale. Le mot revient dans une centaine des deux mille six cent soixante et onze vidéos de la chaîne arabe que ce corpus dépouille. Ceux-là mêmes qui rapportent de lui les choses les plus hautes s'interrompent pour poser la borne.

Le garde-fou n'est donc pas ajouté du dehors : il fait partie de ce qui est transmis.

Ce qui s'est produit pour 'IssaUn homme qui n'a cessé de dire ce qu'il était. ✦

Le corpus ne prend pas un exemple abstrait. Il prend celui à qui c'est arrivé.

'Issa a ressuscité les morts — par la permission d'Allah. Il a guéri l'aveugle-né et le lépreux. Et malgré cela, dans tous les récits qu'on rapporte de lui, il n'a jamais cessé de dire : « je suis le serviteur d'Allah ».

Cela n'a pas suffi. Ce qui lui est arrivé après lui ne s'est pas fait contre son enseignement : cela s'est fait à partir de ce qu'il avait accompli, par ceux qui l'aimaient. C'est là ce qui rend l'avertissement sérieux — le ghuluww ne vient pas des ennemis d'une figure, il vient de ses amis.

Et ce qui a fixé l'excès n'était plus de l'amour. En 325, le concile de Nicée — convoqué par l'empereur Constantin — fait de la divinité du Christ un dogme, et l'empire y gagne ce qu'il cherchait : une religion d'État, un culte qui tienne ses sujets ensemble. Ce que des disciples avaient exagéré, un pouvoir l'a rendu obligatoire. Lui n'avait rien demandé de tel, et le Coran porte son désaveu : il n'a jamais dit qu'on le prenne, lui et sa mère, pour des divinités. Ce cas est repris avec quatre autres dans Le pouvoir et l'attente.

Et le corpus dit du Mahdi qu'il marche sur ce pas.

Et il l'a interdit pour lui-mêmeLe Prophète nomme le précédent, et c'est 'Issa. ✦

L'avertissement le plus net ne vient pas des commentateurs : il vient de celui qu'on exalte.

« Ne m'exaltez pas comme les chrétiens ont exalté le fils de Maryam — Marie. Je ne suis que son serviteur : dites donc le serviteur d'Allah et Son messager. »

Il nomme lui-même le précédent, et c'est celui de cette page. Le Coran le lui fait dire encore : je ne suis qu'un homme comme vous, à qui il est révélé (18:110) ; Muhammad n'est qu'un messager ; des messagers avant lui sont passés (3:144) — verset récité le jour de sa mort, pour arrêter net ceux qui refusaient de le croire mortel.

Ce que cela règle pour la suite. Quand la tradition parle de réalité muhammadienne ou de lumière muhammadienne — ce corpus dit la Lumière primordiale, qui ne nomme personne — elle ne dit pas que l'homme né à La Mecque serait la première créature : elle nomme une réalité créée par la fonction qu'elle remplit — la racine du nom est celle de la louange. Confondre le lieu où une chose paraît et la chose qui y paraît, c'est exactement l'erreur commise sur 'Issa, et elle se commet aussi bien sur le Prophète.

La balance ne penche d'aucun côté : ni l'un ni l'autre ne cesse d'être un serviteur.

Il est le Rouh al-QudusLa lecture la plus haute du corpus — et ce corpus dit qu'il la tient. ✦

Les textes portent deux positions, et elles ne s'accordent pas. Les unes disent que son rouh est soutenu par le Rouh al-Qudus — mu'ayyada bihi — comme celui de Moussa — Moïse et de 'Issa, et qu'il demeure un homme ordinaire. Les autres posent une distinction, et demandent expressément qu'on la saisisse :

« Les prophètes, les messagers, les envoyés avaient leur rouh à eux, et ils étaient soutenus, renforcés par le Rouh al-Qudus. L'imam Mahdi ne sera pas renforcé par le Rouh al-Qudus : il EST le Rouh al-Qudus. »

Et les prophètes n'en ont reçu qu'une part. Les parts sont inégales : 'Issa est celui qui en fut le plus renforcé — « la part la plus grande jamais connue sur terre », parce qu'il en est le fils spirituel. Une part, tout de même. Ce que chacun d'eux a reçu par fragments, lui l'est.

Les fiches donnent les deux. Ce corpus tient la seconde. La première dit un soutien, et elle le range parmi les prophètes soutenus. La seconde dit une identité — son rouh est l'esprit originel, le premier et le dernier — et c'est elle qui rend compte du reste : le califat qui couvre la création entière, le sceau, ce qui lui est remis avant même qu'il naisse. La première laisse tout cela inexpliqué. Ce n'est donc pas une préférence : c'est la lecture sous laquelle tout le reste de ce corpus se tient, et elle est déclarée ici pour qu'on puisse en juger.

Elle ne le fait pas sortir de la servitude, et c'est pourquoi elle se lit sur cette page. Les sources qui portent cette position sont celles-là mêmes qui avertissent : ces propos « font tomber dans un grand excès quand on les comprend mal ». Il demeure un serviteur parmi les serviteurs d'Allah, et la divinisation d'une créature est écartée nommément — par les mêmes textes, au même endroit.

Une lecture qu'on déclare peut se discuter. Une lecture qu'on tait agit quand même.

La phrase qui fait la balanceElle se lit à côté de tout le reste, jamais après. ✦

Elle est donnée sous le nom de mîzân al-'ubûdiyya — la balance de la servitude :

« Le Mahdi, malgré l'immensité de son rang, est un serviteur parmi les serviteurs d'Allah, et un héritier muhammadien. »

Le mot d'Ibn Arabi va dans le même sens, et l'ordre y compte : le vers qui le nomme sceau des califes commence par un autre mot — 'abd, serviteur. Le rang procède de la servitude, non l'inverse.

Plus le rang qu'on lui donne est haut, plus le mot qui l'ouvre est bas.

Les idoles qu'il briseEt le corpus dit lesquelles — c'est le trait le plus dur. ✦

On répète qu'il brisera les idoles. Le corpus précise de quelles idoles il s'agit, et la précision vise ceux qui parlent de lui :

« Il brise les idoles — même quand ces idoles sont des auréoles que les gens fabriquent autour d'eux. »

Autrement dit : la vénération qu'on lui construit est elle-même une idole, et il est celui qui la démolit. Ailleurs la règle est énoncée plus largement encore — l'attachement à autre qu'Allah est une idole cachée dans les cœurs, et il en est le premier démolisseur.

Celui qui l'élève trop haut ne le sert pas : il fabrique ce qu'il est venu détruire.

La règle qui ferme la porteUne vérité qui s'écarte de la Loi ne se réclame pas de lui. ✦

Elle vient d''Abd al-Qâdir al-Jîlânî, et elle ne laisse pas de marge :

« Toute vérité que la Loi ne suit pas est une hérésie. »

La conséquence est tirée sur place : le Mahdi est le gardien de la Loi et celui qui établit la justice. Ce qui s'en écarte — fût-ce au nom d'un dévoilement, d'un rêve ou d'un secret — ne peut pas se réclamer de lui.

C'est le critère le plus simple, et le plus difficile à contourner.

Ibn Arabi se dit faillibleLa source la plus citée prend elle-même ses distances. ✦

C'est l'auteur que ce corpus cite le plus. Et voici ce qu'il écrit de ses propres pages sur le Mahdi :

« Et je n'y suis pas infaillible ; et si je me suis trompé de mots, la vérification m'arrêtera. »

Il reconnaît ne pas avoir été préservé de l'erreur en écrivant sur lui, et qu'il lui arrivait de se tromper dans ses expressions. Et il nomme ce qui doit le corriger : non son autorité, la vérification.

Recouper au lieu de croire n'est donc pas une prudence de lecteur moderne. C'est une consigne de l'auteur.

Pourquoi cette page existe

Ce corpus rapporte de lui des choses très hautes. Certaines sources vont jusqu'à dire qu'il est le Rouh al-Qudus, qu'il est le Paraclet annoncé, que toute créature porte une parcelle de lui.

Ces mêmes sources sont celles qui avertissent. Elles disent que ces propos « font tomber dans un grand excès quand on les comprend mal », et qu'ils sont « très graves pour qui ne les comprend pas correctement ».

Nous n'avons rien retranché, et les fiches ne tranchent pas à leur place. Ce qui est rapporté est rapporté ; ce qui diverge est signalé comme divergent. Là où ce corpus lit, il le dit — une hypothèse déclarée, jamais glissée sous un texte. Et la balance se lit en même temps que le reste — jamais après.

Et l'excès n'est pas le seul chemin par lequel une vérité se perd. L'autre est la division — chaque école tenant sa part pour le tout. Voir Pourquoi elles se divisent et Le pouvoir et l'attente.

Il est un serviteur parmi les serviteurs d'Allah. C'est la seule phrase qu'aucune des lectures ne conteste.